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Les stratégies d’adaptation et d’atténuation dans les accords internationaux sur le climat

Comment l’adaptation au changement climatique, comme stratégie additionnelle à l’atténuation, affecte la coopération internationale sur le climat ? Les résultats théoriques récents montrent que la crainte que l'adaptation réduise les incitations à réduire les émissions de gaz à effet de serre peut être injustifiée. L'adaptation peut déboucher sur des accords plus importants, associés à des niveaux plus élevés d‘atténuation et de bien-être si les niveaux d'atténuation entre les différents pays ne sont plus des substituts stratégiques mais des compléments.

. © Volodymyr Goinyk
Publié le 08/02/2019

Les négociations climatiques se sont longtemps concentrées uniquement sur l’atténuation, i.e. l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En accordant une place plus importante à l’adaptation au changement climatique, l'accord de Paris (2015) marque un tournant à cet égard.

Les effets de l'adaptation sur les incitations à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont complexes. L'atténuation et l'adaptation sont de nature différente : tandis que l'atténuation est un bien public pur (car les réductions de GES individuelles profitent à tous les pays), l'adaptation peut être caractérisée plutôt comme un bien privé (avec des bénéfices souvent exclusifs au pays qui la met en place). Si les pays ont la possibilité de s'adapter, ils consacreront moins de ressources pour réduire leurs émissions dont les bénéfices sont non-exclusifs. En outre, le mix optimal de l'atténuation et de l'adaptation pour un pays peut aboutir à un niveau plus faible de réduction de ses émissions. Ceci signifie que les externalités positives de l'atténuation sont réduites, les incitations à se comporter comme un passager clandestin sont alors moins fortes.

L’article de Basak Bayramoglu et co-auteurs (2018) propose un modèle de formation des coalitions avec les stratégies d'atténuation et d'adaptation dans un cadre général à plusieurs pays, contrairement à la littérature utilisant un cadre à deux pays (Ebert et Welsch [2011]) ou des exemples spécifiques (Benchekroun et al. [2017]). L’article de Basak Bayramoglu et co-auteurs (2017) utilise un exemple pour illustrer quelques résultats de l’article Bayramoglu et al. [2018]. Les auteurs montrent que la possibilité d'adaptation peut inciter les pays à signer un accord contraignant de réduction des émissions de GES grâce à la présence de complémentarités stratégiques entre les pays en termes de dépollution. L’intuition est la suivante. S’il y a beaucoup de pays qui réduisent leurs émissions, tous les pays vont avoir moins besoin de s’adapter. S’il existe une relation de substituabilité, au sein du pays, entre les stratégies d’atténuation et d’adaptation, une moindre adaptation va conduire à davantage d’atténuation. Dans ce cas, les pays peuvent se trouver avec des fonctions de réaction de dépollution croissantes : l’effort d’atténuation accru d’un pays conduit tous les pays à croître les leurs. C'est l'ensemble des pays qui est incité de cette manière à agir de concert : des complémentarités stratégiques apparaissent alors entre les pays en termes de dépollution. La signature d'un accord impliquant un grand nombre de pays est alors possible. On voit que la possibilité d'adaptation introduit une force contraire à celle du passager clandestin associé à l'atténuation. Si le comportement de passager clandestin n'incite pas les pays à participer à une coalition, au contraire l'adaptation les y conduit. C'est ce rapport de forces qui est à l'origine d'un échec ou d'un succès de la formation de coalition : les coalitions peuvent être de taille plus ou moins grande.

Ces travaux ouvrent sur deux terrains d’investigation. D’une part, la prise en compte de l’hétérogénéité entre pays permettrait d’étudier l’impact des transferts pécuniaires et non-pécuniaires sur la coopération. D’autre part, il s’agirait de mener une analyse théorique et empirique des liens entre transferts climatiques et le commerce international.

Valorisation des résultats

Bayramoglu, B., Finus, M., Jacques, J-F. (2018). Climate agreements in a mitigation-adaptation game. Journal of Public Economics, 165, 101-113.

Bayramoglu, B., Finus, M., Jacques, J-F. (2017). L’adaptation est-elle un frein aux accords climatiques ?. Revue Française d’Economie, 32(2) : 135-159.

Références bibliographiques

Benchekroun, H., Marrouch, W. and A.R. Chaudhuri (2017), Adaptation Technology and Free-riding Incentives in International Environmental Agreements, in Economics of International Environmental Agreements: A Critical Approach. in: O. Kayalca, S. Cagatay and H. Mihci (eds.), chapter 11, 204-228, Routledge, UK.

Ebert, U., Welsch, H. (2011). Optimal response functions in global pollution problems can be upward-sloping: accounting for adaptation. Environmental Economics and Policy Studies, 13(2) : 129-138.

IPCC (2014). Climate Change 2014: Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fifth Assessment Report of Intergovernmental Panel on Climate Change [Core Writing Team, R.K. Pachauri and L.A. Meyer (eds.)]. IPCC, Geneva, Switzerland, 151 pp.