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[Projet] Sustain’Apple : cinq années de recherches pour éclairer les solutions organisationnelles et institutionnelles en faveur d’un développement durable de la filière pomme

Gérer durablement les risques sanitaires et phytosanitaires dans la filière pomme – le projet ANR porté par Jean-Marie Codron, chercheur Inra à l’UMR MOISA, restitue ses résultats.

 © Peter Stenze
Par Aleksandra Barczak
Mis à jour le 07/12/2018
Publié le 05/12/2018

La pomme est en France, le premier fruit consommé et exporté. La filière est sous haute surveillance d'un point de vue sanitaire et phytosanitaire du fait des normes sur les résidus, de barrières phytosanitaires de certains pays émergents et de perceptions parfois critiques des consommateurs. Le projet Sustain'Apple a réuni une vingtaine de chercheurs, les principales organisations de R&D (INRA, CIRAD, CTIFL, IRSTEA) ainsi que les professionnels de la filière (ANPP, ANEEFEL, INTERFEL…) pour étudier la gestion des risques sanitaires et phytosanitaires dans la filière pomme sur les marchés domestique et international. L’intérêt des équipes a porté simultanément sur la qualité sanitaire du fruit, la compétitivité des firmes et le bilan environnemental. Le projet a permis de dégager les forces et faiblesses de la filière et de faire émerger pour le marché national mais aussi international, des solutions organisationnelles et institutionnelles pour un développement durable de la filière pomme. Il a procédé notamment par comparaison entre les différents circuits de distribution sur le marché domestique ou entre quelques grands pays exportateurs sur le marché international.

Objectifs de Sustain’Apple

. © Inra, Cofruidoc
© Inra, Cofruidoc
L’ambition de Sustain’Apple était de contribuer à maintenir la durabilité de la filière pomme dans un contexte de nouvelles contraintes sanitaires et phytosanitaires (SPS). Pour cela, il a été entrepris d’étudier les solutions organisationnelles et institutionnelles et d’évaluer les impacts social, économique et environnemental de ces solutions.

Plus précisément, une première série d'objectifs cherchait à identifier les solutions organisationnelles pour la gestion du risque SPS. Ainsi, il a été nécessaire d'éclairer la façon dont les entreprises gèrent le risque avec leurs fournisseurs et leurs clients et ceci à tous les niveaux de la filière.

Une deuxième série d'objectifs visait à étudier au niveau institutionnel des solutions pour faire face aux nouvelles barrières non tarifaires imposées par certains pays importateurs. Il s’est agi d’étudier les mécanismes publics/privés mis en place pour élaborer les protocoles phytosanitaires proposés pour la négociation bilatérale et/ou multilatérale, notamment à travers les exemples du Chili et de l'Italie.

Une dernière série d'objectifs consistait à évaluer l'impact de ces solutions organisationnelles et institutionnelles en termes de durabilité que ce soit sur le plan économique (compétitivité des entreprises, modification des flux commerciaux au niveau macro-économique), sur le plan social (perceptions des consommateurs) ou sur le plan environnemental (analyse de cycle de vie).

Trois conclusions principales et recommandations apportées par Sustain’Apple

Pour que la gestion des aspects SPS dans la filière pomme soit durable, il faut tout d’abordêtre à l’écoute des attentes des consommateurs et des citoyens. La qualité sanitaire des pommes demeure une préoccupation importante du . © Inra, ANPP
© Inra, ANPP
consommateur, principalement à l’égard des résidus de pesticides pouvant se trouver sur le produit. Cette préoccupation se manifeste différemment selon les consommateurs, comme le souligne l’enquête consommateur menée sur le territoire français (1500 répondants). Elle donne lieu à une diversité de stratégies de communication et de contrôle de la part des distributeurs qui oscillent, en ce qui concerne la France, entre une gestion en partenariat avec les fournisseurs, une gestion anticipant les exigences sanitaires à venir et une gestion principalement de type marketing. Les attentes en matière d’impact sur l’environnement sont quant à elles en forte progression et nous ont conduit à comparer différents scénarios de distribution (des pommes en provenance de l’hémisphère sud jusqu’aux pommes distribuées en circuit court) au regard des différents types de pollutions (et pas seulement l’émission de CO2) émises du verger jusqu’à la distribution finale.

Pour que la gestion soit durable, il faut aussi que l’on ait une coordination étroite entre les différents opérateurs de la filière, entre les producteurs et les metteurs en marché, entre ces derniers et les importateurs et jusqu’au distributeur. Cette coordination doit être d’autant plus étroite que l’on a pour objectif d’exporter vers des destinations exigeantes en matière sanitaire et phytosanitaire.

Pour les entreprises françaises, les clients les plus exigeants étaient jusqu’au début des années 2010, les distributeurs français ou européens imposant des cahiers des charges contraignants notamment en termes de résidus de pesticides, avec des seuils de LMR (Limites Maximales de Résidus) souvent plus sévères que ceux de la réglementation. Depuis quelques années, la France cherche à diversifier ses exportations en se tournant notamment vers des destinations lointaines à fortes contraintes phytosanitaires (Asie, Amériques).

Ces nouvelles contraintes s’ajoutent aux précédentes, le plus souvent dans un programme phytosanitaire unique élaboré par l’exportateur pour servir de recommandations à ses fournisseurs. Il est parfois difficile de répondre simultanément aux demandes des protocoles grand export (zéro larves, zéro insectes), au plan Ecophyto français ou aux exigences en termes de résidus de la GMS d’Europe du Nord. Cela oblige les fournisseurs à choisir en cours de culture ou à la récolte entre l’une ou l’autre de ces destinations.

Pour que la gestion soit durable, il faut de plus que les entreprises et les filières s’impliquent plus fortement dans les Institutions pour l’élaboration des normes de type SPS. Les normes de type sanitaire (LMR notamment) ayant déjà fait l’objet d’une harmonisation entre les différents pays européens, le travail institutionnel est aujourd’hui à faire pour les normes de type phytosanitaire (celles qui permettent au pays importateur d’éviter d’introduire par le commerce des Organismes Nuisibles n’existant pas ou fortement combattus sur son territoire). Le cadre institutionnel international est celui de la Convention Internationale pour la Protection des Plantes qui réunit aujourd’hui 184 pays.

Les normes qui en résultent (NIMP ou Normes Internationales de Mesures Phytosanitaires) permettent d’encadrer les mesures imposées unilatéralement ou négociées bilatéralement (protocoles) par les pays importateurs. Elles restent toutefois nettement insuffisantes (domaines non couverts, manque de précision et surtout absence de force de police pour les faire appliquer) pour régler seules les problèmes phytosanitaires dans le commerce international. Le traitement au froid pour la mouche méditerranéenne qui doit respecter de facto la norme de l’USDA malgré les tentatives de la France pour faire adopter une norme différente et moins coûteuse illustre bien la difficulté à introduire une nouvelle norme dans l’arène de la CIPV. C’est pour cette raison que les pays exportateurs continuent à avoir un gros travail de préparation et de négociation bilatérale pour ouvrir davantage les marchés à contraintes phytosanitaires. L’exemple du Chili qui a acquis dans ce domaine une solide expérience au contact des Etats Unis et ce depuis une cinquantaine d’années est riche d’enseignements pour des pays comme la France ou l’Italie dont les parts de marché sur ces destinations lointaines sont encore émergentes. Il montre notamment l’importance d’une étroite coopération entre les organisations professionnelles (ANPP, INTERFEL) et les autorités publiques (DGAL, FAM).

En savoir plus

La synthèse des résultats du projet Sustan’Apple

Les principaux résultats et enseignements des travaux réalisés dans le cadre de Sustain’Apple ont été réunis sous forme d’une brochure rédigée avec la préoccupation de les diffuser, aussi bien auprès de la communauté scientifique et technique qu’auprès de la sphère socio-économique et politique.

Télécharger la brochure : Sustain-Apple_brochure_30-11-2018

Sustain’Apple en bref

Coordination : Jean-Marie Codron, UMR MOISA
Équipes :

Financement : Le projet Sustain’apple a été porté par l’Inra dans le cadre du GIS Fruits est soutenu par l’ANR ; Programme ANR : Systèmes Alimentaires Durables - Edition 2013 (ALID) 2013 ;
Référence projet : ANR-13-ALID-0004
Coût total :  827 008 €
Calendrier : 60 mois à partir du 1er janvier 2014
Site Web Sustain’Apple